
En 2018, j’écrivais un article intitulé
👉 Quand la résistance ralentit l’inéluctable
Il partait d’un constat simple : face aux grandes mutations technologiques, économiques ou sociétales, une part considérable de l’énergie collective est souvent consacrée à résister plutôt qu’à comprendre, anticiper et transformer. Cette résistance, pensais-je alors, ne faisait que retarder un mouvement de fond.
Six ans plus tard, le monde a changé. Et ce constat mérite d’être reprécisé, nuancé, enrichi.
L’inéluctable n’est jamais totalement mécanique
En 2018, l’idée d’« inéluctable » pouvait sembler aller de soi : numérique, automatisation, plateformes, intelligence artificielle… tout semblait avancer selon une trajectoire rectiligne, presque naturelle.
Aujourd’hui, on sait que cette vision est trop simple.
Les transformations ne sont pas des lois physiques. Elles sont le résultat de choix humains, politiques, économiques, culturels. Elles comportent des bifurcations, des accélérations, des retards, parfois même des retours en arrière. Parler d’inéluctable, sans parler de gouvernance, revient à confondre tendance et fatalité.
La résistance n’est pas toujours une erreur
Avec le recul, une chose apparaît clairement :
toute résistance n’est pas conservatisme stérile.
Résister peut aussi vouloir dire :
- refuser une brutalité sociale déguisée en progrès,
- défendre des droits, des savoir-faire, des équilibres humains,
- imposer un temps de réflexion là où tout pousse à l’urgence.
Un sceptique bien informé dirait d’ailleurs ceci : sans résistance, beaucoup de transformations profitent surtout à ceux qui les pilotent, rarement à ceux qui les subissent.
La question n’est donc pas faut-il résister ou s’adapter, mais à quoi résiste-t-on, et dans quel but.
S’adapter ne signifie pas se soumettre
Autre correction nécessaire :
s’adapter n’est pas accepter aveuglément.
L’adaptation intelligente suppose :
- de la formation,
- de la régulation,
- des choix collectifs explicites,
- une répartition équitable des gains de productivité.
Laisser faire n’est pas une stratégie. C’est un abandon déguisé.
Ce qui n’a pas changé depuis 2018
Une chose, en revanche, reste vraie :
nier les transformations ou s’y opposer par principe est une impasse.
Les discours qui promettent un retour à un “avant” idéalisé continuent de prospérer, souvent parce qu’ils rassurent. Mais ils ne produisent ni solutions durables, ni trajectoires crédibles.
La nostalgie n’est pas un projet.
Ce qui a changé : la vraie question
La question n’est plus :
« Peut-on empêcher ces transformations ? »
Elle est devenue :
« Comment orienter ces transformations pour qu’elles restent humaines, utiles et partagées ? »
Résistance, adaptation, régulation ne sont pas des postures opposées. Ce sont des outils complémentaires, à condition qu’ils servent une vision claire.
Conclusion
Relire l’article de 2018 aujourd’hui, ce n’est pas le renier.
C’est reconnaître que la réalité est plus complexe que les slogans, qu’ils soient technophiles ou technophobes.
La transformation n’est ni totalement inéluctable, ni totalement maîtrisable.
Elle est un espace de responsabilité.
Et c’est précisément là que tout se joue.
Et bonne année à toutes et tous
Valery
